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A travers les prunelles de Zélie 3

Dans ces moments là, faut plus rigoler. On sourit au début puis on court, on court, le sol est pas droit et on saute dans les genoux de Papi et puis de Mamie.
Je me demande bien quand est ce qu’on va partir. J’étais prête à grimper dans la voiture sans dire au-revoir à mes parents, mais pfff, il faut descendre dans une mine.

On prend un ascenseur. Dans les tunnels, des monsieurs ramassent des cailloux. Le cheval bouge même pas. J’ai le droit de le caresser. Le monsieur qui parle il m’a donné la charge de la sécurité alors je marche derrière lui devant tout le monde. Je crois qu’il a été impressionné par mon gilet jaune.

Avant, les hommes, ils étaient des animaux et à Grenoble y avait des dinosaures. On les a trouvé dans une mine avec leurs os mal rangés. Avec des pinceaux on enlevait le sable des dinosaures pour trouver leurs squelettes.

Enfin, Cache-cache et moi, on a des animaux dinosaures aussi, tiens !

Papa et Maman ils arrêtent pas de dire que je dois rester sur la chaise au restaurant. Moi, je vois pas pourquoi  je pourrais pas manger par terre comme d’habitude… Moi, je connais un lapin qui avait perdu ses poils. Alors, il partit à la recherche de ses poils et il les a retrouvé dans la forêt ! Et puis après il a rencontré un chien qui avait perdu ses poils aussi…

Pfff… De toute façon c’est toujours froid. Je mangerai pas les blettes. Y a un gâteau au chocolat ? Bon, fais voir la cuillère !

Papa et Maman, ils arrêtent pas de me déranger depuis quelques jours. Je peux pas être peinarde toute seule. Papa, il veut toujours jouer avec les lego qu’il m’a acheté. Maman, elle veut me faire des bisous mais on se reverra dans quatre doigts de dodos. Allez Papi, appuie sur le champignon qu’on file avant qu’ils changent d’avis ! J’ voudrais pas m’faire coincer pour leur quatre derniers jours de vélos. Les sièges auto, les madeleines et les lits c’est mon paradis !

Derniers coups de pédale !

Deuxième frontière terrestre, entre la Belgique et la France, par une journée d’averses plus longue que prévu, notamment à cause de la triple crevaison du Puky, dans le pneu duquel un énorme morceau de verre s’était fiché. De quoi arriver à 1 partout : les 3 vélos et la charrette auront tous crevé une fois pendant le voyage.

Quelques kilomètres après la frontière, premier arrêt obligatoire… pour acheter des viennoiseries ! Notre gourmandise ne nous a pas quittés pendant le voyage, et nous nous jetons avec plaisir sur les croissants et pains au chocolat d’une petite boulangerie de village.

Après une pause bien agréable à Lezennes, qui nous aura permis de retrouver Manue et Laurent, et aussi le marché de Wazemmes et le Furet du Nord, nous repartons en direction du Pas-de-Calais. C’est à Lewarde, connue surtout pour son superbe Centre Historique Minier, que nous retrouvons les parents de Sandrine. Une visite de la mine, et Zélie repart en voiture, abandonnant ses pauvres parents à leur triste sort. Vous pourrez évaluer notre désarroi sur les photos ci-dessous, mais on peut quand même vous dire qu’il a fait superbement beau, que notre moyenne kilométrique a pris 5 km/h d’un coup, et que nous avons eu le temps de lire au soleil en arrivant aux campings. La vie est dure.

Le temps est clément, les après-midis sont chauds et ensoleillés, mais pour la première fois nous avons eu froid pendant la nuit. Il faut dire que les rosées du matin, très abondantes, ont humidifié les duvets en plume, les rendant bien moins efficaces, et que la température est descendue à 4°C (8° sous la tente).

La Picardie n’est finalement pas plate (dernière journée à 550m de dénivelée pour 52km, c’est le maximum depuis que nous avions quitté la Norvège), mais c’est en pleine forme que nous rejoignons Zélie chez ses grands-parents, trois jours après son arrivée !

Le plat pays

On dirait bien que Jacques Brel n’avait jamais fait de vélo au Danemark ni dans le sud de la Suède, ni encore aux Pays-Bas ! Parce que finalement, on a retrouvé quelques côtes en Flandres, après des semaines de plat intégral. Enfin, rien de comparable aux difficultés norvégiennes, si ce n’est l’humidité qui continue de nous poursuivre…

La traversée de la Belgique est pour nous l’occasion de retrouver des copains, d’abord Griet, Nico et Thibe à Nijlen, près d’Anvers. C’est un couple que nous avions rencontré à Mandal, oui oui, tout là-bas au fin fond de la Norvège. Seule famille avec enfants que nous ayons vue sur la partie norvégienne du voyage, ils voyagent en Pino, ces drôles de tandems avec un vélo droit derrière un siège de vélo couché. C’est un plaisir de les retrouver et de passer une nuit chez eux, et de pouvoir évoquer nos chères Alpes qu’ils connaissent si bien, et même le cordonnier de notre rue chez qui ils ont déjà fait faire des chaussons d’escalade sur mesure !

Nous avons eu l’occasion de découvrir un peu mieux la Belgique, un pays que nous ne connaissions quasiment pas, et de nous intéresser un peu à la division entre la Flandre et la Wallonie. Il était intéressant d’apprendre par exemple que l’apprentissage du français est obligatoire depuis longtemps en Flandre, alors que jusqu’à peu très peu de Wallons apprenaient le Flamand. En tout cas, nous avons été étonnés par la maîtrise qu’avaient les Flamands du français et aussi de l’anglais; pas un poissonnier ou un marchand de fromages qui ne fût capable de parler l’une des deux voire les deux langues ! Imaginez passer une commande en anglais à votre boucher, ou à la caissière du supermarché le plus proche !

A Bruxelles, nous avons eu la chance de revivre l’expérience de Copenhague, puisque cette fois c’est Bénédicte, une amie de Yannick de l’époque du Master 2 à Lille, qui nous a accueillis chez elle en son absence. Le temps de découvrir cette petite capitale où la circulation est très dense et très peu favorable aux cyclistes. Ce doit être le côté méditerrannéen de la Belgique; nous sommes bien plus au Sud ! L’entrée dans la ville, avec une carte routière très sommaire, et le long des docks industriels, a été un véritable calvaire !

Retrouvailles aussi avec Thomas, notre ancien colocataire grenoblois, et Mélanie et Aliocha, qui nous ont accueillis comme des rois et fait partager leurs petits coins préférés. Nous avons aussi eu l’occasion inédite de vivre une journée sans voitures à Bruxelles, un dimanche ensoleillé et calme qui nous a vus quitter la ville de façon bien plus agréable que notre arrivée ne l’avait été !

La Hollande, l’autre pays du vélo

Il y a des vélos partout aux Pays-Bas ! Plus encore que vous n’imaginiez. Et puis il y a toutes sortes de vélos  aux Pays-Bas. Des vieux vélos, des vélos neufs, des vélos hollandais, des vélos anglais, des vélos de course, des vélos-cargos, des triporteurs, des charrettes pour transporter les courses, les enfants, la voisine, le chien…

À Groningen comme à Amsterdam, la circulation de tout ce beau monde se fait de façon beaucoup plus anarchique qu’à Copenhague ! Ici, nulle loi ne vient régenter la circulation de tout ce beau monde, qui se déplace à une moyenne kilométrique beaucoup moins effarante. Alors parfois, on ferme les yeux, et… ça paaaaaasse ! De 4 à 106 ans, tout le monde se déplace à vélo. On a vu des petits bouts de choux sillonner les villes seuls, sur le chemin du retour de l’école, leurs cartables sur le dos, tout naturellement.

Parce qu’il faut quand même le dire, aux Pays-Bas tout est fait pour les vélos. Les pistes cyclables sont gigantesques, parfois plus larges que les voies pour les voitures, et il y en a vraiment partout. Le pays tout entier est sillonné de voies réservées aux cycles, qui traversent les polders sur les digues, loin de la circulation automobile. La seule difficulté consiste à comprendre le système des « Knooppunten », ces petits numéros qu’on trouve à tous les carrefours, et qui, si on possède les cartes sur lesquels ils sont reportés, permettent de suivre un itinéraire très facilement. Heureusement que Jacqueline et Sami, nos hôtes de Groningen, nous ont tout bien expliqué ! « Et maintenant, c’est par où ? » « 19 – 54 – 76 – 29 – 33 » On n’a pas encore joué au Loto avec nos itinéraires, mais c’est tentant !

Et puis saviez-vous que c’est très joli les Pays-Bas ? On s’attendait à des paysages un peu mornes et tous plats, alors oui, c’est très très plat, mais c’est surtout très très joli. Nous avons traversé la région du Friesland, carte postale sur carte postale. Des pâturages à perte de vue, des canaux partout, et des moulins, des vaches et des chevaux joliment parsemés sur le bord du chemin. Le tout avec de belles éclaircies. Il a beaucoup plu, mais nous avons vite compris le principe des « regendouche », littéralement des « douches de pluie ».  La première fois on a mis nos équipements de pluie, et continué à rouler, pour être trempés jusqu’aux os à la fin de l’averse, 5 mn plus tard. Les fois suivantes, nous nous sommes abrités, qui sous un porche de maison, qui dans un vieux moulin transformé en musée, qui sous la bâche qu’on n’avait pas dépliée depuis la Norvège, en attendant la fin de la douche, pour repartir avec les lunettes de soleil sur le nez !

Et puis aux Pays-Bas, les villes sont très jolies aussi, et pleines de petits cafés confortables, où les « koffie med gebak » étaient toujours à tomber. « Appeltaart, appelflap, broodje », c’est bon on sait parler néerlandais !

A Amsterdam, c’est Robin qui nous a accueilli chez lui pour quelques jours, à Groningen Jacqueline et Sami nous ont régalés de bons vins et d’histoires, et puis à Venhuizen et Breda on a eu la chance de dormir chez Remco et Petra puis chez Dim et Marieke, après deux journées drôlement grises et pluvieuses. On trouve le réseau Warmshowers toujours aussi magique, merci à tous nos hôtes qui nous ont toujours régalé de délicieux repas en plus de nous avoir permis de prendre de bonnes douches chaudes et de dormir bien à l’abri ! Quel bonheur aussi de discuter à perdre haleine, de voyages, de vélo, de culture locale, et de repartir avec la sensation délicieuse de s’être fait de nouveaux amis et de comprendre un peu mieux le pays que l’on traverse !

Prochaine étape, la Belgique, on se rapproche drôlement !

 

Dans les prunelles de Zelie 2

La Maman de Stina parle français, et puis aussi Sami. Robin sait dire quelques mots comme « Ouais, salut, je m’appelle Robineuuu ». Mais les autres, pffffff, je peux pas leur parler, je peux pas jouer avec eux. Enfin, de toute façon, on change toujours de pays. On est encore au Danemark là ? Non ? On est au Pays Bas ? Ah … Bon !

Cache-cache et moi on parle Pastèque. J’essaye de l’enseigner à Maman et Papa sur le vélo, mais ils comprennent rien. Merci, on dit « taklapi »  mais aussi « dankarti ». Ca dépend. Et aussi « couicloupi ». Ça dépend.

J’ai visité plein de maisons chez les gens. Je trouve des trésors. Chez Andreas, j’ai fait des « plaquettes » de trains, chez Signe j’ai trouvé des petits chats bleus, chez Jacqueline des instruments de musique, chez Remco des petites maisons de poupées. Novi, lui, il veut toujours me prendre les jeux des mains, mais maintenant je lui dit « Nee » !!

Je sais dire « Are you ready » en anglais. Papa il a appris l’anglais en Écosse, avant, quand j’étais une petite graine.

Sur le vélo, on joue à plein de jeux : le roi du silence au bout de la France, ni oui ni non ni ouais ni nan, je vois avec mes petits yeux… Mon préféré c’est quand je pense à quelque chose  et que Papa et Maman doivent deviner en posant des questions. Aussi je raconte des histoires de lapin. C’était une fois un lapin qui creusait un tunnel. Il construisit une porte puis creusit un autre tunnel et il se couchait. Mais il était coincé dans la maison. Alors il creusit un tunnel et puis encore une porte. Bon, Maman elle veut pas écouter mes histoires. Elle dit que je parle tout le temps. Mais moi j’ai tous les animaux du monde et je sais quessqifon les lapins. Papa il veut que j’aie des problèmes avec les lapins pour mieux raconter mes histoires. Bon, c’est un lapin qui avait un problème, alors il creusit un trou et puis une porte ….

J’aime bien trafiquer les photos de mon appareil. Je peux faire des trucs rigolos avec les couleurs et puis aussi les formes et les étoiles.

Sur le bord de la route on a vu des animaux morts. Les pauvres zanimaux ! Une faisanne, elle avait l’aile cassée sous un rocher ! Le chat de Baba aussi il est mort, comme Grand Père.

Le vent est très fort dans les « Néderlandes ». Des fois la pluie tombe si vite qu’on se cache sous une bâche comme les fantômes. Maman elle a eu si froid qu’on est allé au restaurant à midi. Papa a rien dit mais il était content aussi. De toute façon, l’hôtel c’est comme la maison mais sans la cuisine. On est obligé de faire les pâtes dans la salle de bains et moi j’ai pas le droit d’ouvrir la porte du couloir quand on fait cuire les pâtes.

Des fois on va au musée des enfants, c’est grand et on peut faire plein d’expériences et je m’amuse beaucoup mais papa et maman trouvent qu’il y a trop de bruit. Pfff, c’est juste comme à la cantine. Alors après on va au musée des grands, c’est vrai que c’est grand. On joue à trouver des choses dans les tableaux et à raconter ce qu’on voit mais les gardiens disent toujours qu’il ne faut pas monter sur les épaules de papa mais moi je ne vois rien en haut et puis qu’on est jamais au bon endroit pour dessiner. Et puis c’est trop long. C’est quand qu’on retourne au musée des enfants ?!

La nuit, c’est comme la balle qui tourne. Elle tourne, elle tourne et on arrive dans le noir de l’ombre de la lumière. Mais au Pays des éléphants, il fait jour. Papa, il m’a montré un livre qui dit que les feux chauffent la terre et que c’est compliqué quand elle a la température… Bientôt on arrive chez Papi et Mamie. Mais avant on va encore changer de pays je crois. Je vais pouvoir manger des frites et des gauffres là bas ! Mais y aura plus de moulin pour faire remonter de l’eau comme à la piscine !

Quand j’arriverai, j’aurai des cartes postales de Swann !!!!!!!!

 

 

Hipster CPH

Depuis le début de notre voyage, nous avons passé plusieurs nuits en « Warmshowers », cette communauté virtuelle de cyclistes qui s’inscrivent sur le site internet pour proposer le gîte et une douche chaude aux cyclistes de passage ou pour demander l’hospitalité, sur un principe de réciprocité. Une fois rentré chez soi, rien de plus normal que de rendre la pareille !  Helle et Jan à Bergen, Miriam à Haugesund, Carsten à Frederikshavn, Kristina à Halmstad, c’est toujours un plaisir de dormir au sec, de pouvoir faire une lessive, et surtout de rencontrer nos hôtes qui se sont toujours montrés adorables, serviables et très intéressants – histoires de voyages à vélo, conseils, renseignements, différences culturelles, nos séjours nous paraissent chaque fois trop courts et les sujets de conversation intarissables.

Et puis il y a aussi les petits miracles, comme cette famille en vacances qui nous a laissé les clés de son appartement que nous avons occupé librement cinq jours à Copenhague, dans un quartier de rêve, plein de magasins de vélos, de petites échoppes et d’innombrables cafés. Quelle meilleure manière pour découvrir un lieu ?!

Alors nous avons sillonné la ville comme de véritables locaux, heureux de retrouver chaque jour notre chez-nous tellement parfait, avec ses coffres pleins de jouets, ses vinyles à écouter en boucle, la buanderie commune à tout l’immeuble et l’immense jardin intérieur pour tout le pâté de maison. À première vue la ville peut apparaître comme étant très minérale, de grands espaces verts mais peu de verdure au pied des immeubles, mais passez seulement sous un porche et vous découvrirez ces oasis garnies de jeux pour enfants, barbecues et abris à vélo par centaines ! Une bien belle découverte pour nous, thank you so much Andreas !

Schnell !

Difficile remise en selle après les cinq jours d’agapes quotidiennes à Copenhague. Soucis de vélo pour Sandrine, rien de grave mais un pneu arrière complètement mort, qui a perdu toute sa rigidité et qu’il a fallu changer ; des shelters difficiles à trouver; nous nous sommes même perdus une ou deux fois – et puis tout est rentré dans l’ordre. Nous avons retrouvé le rythme du voyage, et le plaisir d’être dehors. La suite n’est qu’un long défilé de paysages ruraux assez plats (très très plats selon les standards norvégiens !), de grandes fermes, des vaches, des champs de blé moissonnés, de l’avoine et du maïs encore sur pied et des éoliennes à l’horizon. Nous avons battu nos records de distance et de vitesse, sans trop d’efforts, et pu profiter des shelters danois tout au long de notre route. Copenhague-Rødbyhavn, le ferry vers Puttgarden, nous voici en Allemagne pour une nuit, avant de sauter dans un train, puis deux autres, direction les Pays-Bas ! Cinq heures de train et au moins 500 km, c’est allé vite, très très vite !

Quand on partait sur les chemins…

Il y a des vélos partout au Danemark ! Plus encore que vous n’imaginiez. Et puis il y a toutes sortes de vélos  au Danemark. Des vieux vélos, des vélos neufs, des vélos hollandais, des vélos anglais, des vélos de course, des vélos-cargos, des triporteurs, des charrettes pour transporter les courses, les enfants, la voisine, le chien…

À Copenhague, la circulation de tout ce beau monde se fait de façon hyper organisée, et nul n’est censé ignorer la loi. Attention donc aux incartades, on ne rigole pas avec la circulation cycliste qui se déplace à une moyenne kilométrique effarante. De 6 à 106 ans, c’est 20 km/h, pas moins, et gare aux touristes-escargots. Coups de sonnette pour dépasser, coups de sonnette si on est mal garés, klaxons d’autobus si on s’est mal débrouillé. Nos premiers coups de pédale dans la capitale n’ont pas été faciles. Qui a dit que le vélo était fait pour flâner ? Concentration maximum, je n’oublie pas de faire des gestes avant de tourner, mais aussi avant de m’arrêter. Aux intersections,  diagonale interdite, si je veux traverser tout le carrefour, c’est arrêt obligatoire à tous les feux. Et pas de passage au rouge sans jeter l’opprobre sur ses descendants sur sept générations. D’ailleurs l’office de tourisme édite même un guide en plusieurs langues pour que tous fassent comme il le faut.

Alors on s’est adapté,  danifié,  transformé, et tout s’est bien passé. Parce qu’il faut quand même le dire, au Danemark tout est fait pour les vélos. Les pistes cyclables sont gigantesques, il y en a partout, et en ville c’est décidément le meilleur moyen de se déplacer !

Kattegatleden, cycling airelles way

De grandes grues interminables s’agitent en bord de fjord. De gigantesques docks et des transpalettes géants pour tout accueil. Nous y sommes, de retour, à Göteborg, après dix ans de disette, et l’appel des produits d’origine que les succédannés d’Ikea n’ont su satisfaire à portée de palais.

A la sortie de la bouche du ferry, les briques sont légion. Jaunes, ocres ou rouges, elles tapissent les murs des immeubles surplombés de toits en zinc, bleu gris avec le temps. Notre objectif est très clair : se régaler. Direction donc Smacka, qui veut dire « se régaler ». Kötbullar, gravlax på bordet, et la vie est belle. Pas de photo pour témoigner, nous étions trop concentrés. Ah, les prix nous permettent enfin d’aller au resto et de pouvoir mettre nos idées en actes : marmot vélo resto ! Ces gourmandises avalées, nous avons trouvé un coin de parc en bordure de ville. Ni vue (sauf par les joggeurs matinaux) ni connue, la tente n’est restée montée qu’entre 23h et 7h du matin !

La côte sud ouest de la Suède a des accents de Côte d’Azur le long de certains troncons. Les coins bivouac sont plus compliqués à trouver qu’en Norvège et nécessitent des repérages sur carte à l’avance. Un soir dans une réserve naturelle dans un abri en bois après 20 minutes de marche à pied, un soir au camping, contraints par l’heure et le manque de spots au bord du chemin, un soir dans un sous-bois conseillé par des voyageurs dans le sens inverse, etc.

Dans le sillon de nos pédales nous croisons des éclats pourpres et blancs de peignoirs, tranportés la plupart du temps par de bedonnants couples cinquante- ou soixantenaires qui viennent s’ébrouer dans l’eau apres leur dîner (c´est-à-dire à 17h). On les distingue sur l’horizon par leur démarche hésitante pour garder leurs pantoufles aux pieds.

Des sites d’observation des oiseaux migrateurs invitent les cyclistes à enfourcher des jumelles. Tapie dans l’ombre, Zélie en profite pour vérifier si Niels Holgersson ne fait pas partie du groupe d’oies sauvages devant la hutte d’observation. Négatif capitaine, il faudra reussir à dépasser la page 30 du livre pour connaître la suite.  » De toute facon, il y a pas assez d’images » nous confie t-elle.

De douces rencontres ont rendu nos litteries moelleuses, ont caressé nos estomacs et reactivé notre suédois. Kristina, Algot et Malvina à Halmstad, Emma, Anders, Stina et Signe à Melbystrand. Revoir Emma et sa famille 10 ans après m’a vraiment touché. On les a épuisés. Ils ont mis les petits plats dans les grands alors que c’était la rentrée pour eux. Nous avons pu goûter le gâteau de boeuf aux pruneaux et sa sauce brune bordée de confiture d’airelles, la soupe de saumon et cabillaud et le petit déjeuner de gröt, avoine cuite dans du lait à laquelle on ajoute des fruits de saison, myrtilles et autres baies du coin.  Zélie a enfin depassé la barrière de la langue et joué avec sa copine Signe par signes, amours et trahisons !

Quelques créatures étranges ont pertubé notre avancée sur le parcours. Nous les avons observées attentivement : elles mangent de l’herbe, font demi-tour quand elles touchent un mur et tentent de s’échapper de la propriété de leur maître pour voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Moralité, les pelouses suédoises sont des déserts pré-pubères, dont l’épilation quotidienne est le centre d’intérêt principal des commérages entre voisins interposés. Les norvégiennes étaient plus touffues.

Copenhague se profile, nous allons nous fondre dans la masse !

A travers les prunelles de Zélie 1

Tous les jours on change de maison. J’aime pas changer de maison. Le moment où on plie la tente. Ça me fout les jetons. Et puis personne s’occupe de moi. Quand c est mouillé, je dois rester ici et puis là, et puis non pas là. Je comprends jamais où je dois me mettre.

Mais heureusement le matin, à un moment donné, on monte sur mon vélo vert. J’ aimerai bien mettre les doigts dans la roue, mais il paraît que c’est pas bien. La descente c’est mon truc préféré, on va super vite avec maman. Des fois je me retourne pour voir Papa, et je lui fais coucou. Et puis, Cache Cache me raconte toujours des histoires. Il est accroché au guidon grâce à ses pics de hérisson. A la montée je dois pédaler pour aider Maman. On doit pas parler ni chanter quand les adultes sont dans les montées. Aussi, il y a des plats qui montent : ça s’appelle des faux plats. Je me demande toujours si c’est un plat qui monte ou une montée un peu plate. Parce que des fois, faut que je pédale. J’aime bien quand c’est moi toute seule qui fais avancer le vélo de maman.

Les chevalS mangent de l’herbe, les moutons aussi, mais maintenant y en a plus, c’était en Norvège. De toute façon, j’ai tous les animaux du monde.

Après manger je vais dans la Charette. J’aime pas faire la sieste alors je regarde mon appareil photo. Quand il pleut Doudou et Oua-oua me tiennent au chaud et puis je me réveille et il pleut plus. Papa et Maman, ils veulent jamais s’arrêter. Encore un peu, dans 15 minutes. Est-ce que c’est long quinze minutes ? Quinze minutes, c’est long, pfff…. Mais de toute façon, j’ai tous les animaux du monde.

 

Maman, on peut rentrer dans l’école pour jouer avec les jeux ? Papa, tu es prisonnier. Maman, tu peux me pousser ? Maman, viens avec Papa faire la balançoire. Et vous avez vu mon parcours, allez Papa arrête de monter la tente pour faire mon parcours.

C’est moi qui mets la chambre. En haut c’est trop dur. C’est moi qui mets les sacs de couchage. Mais c’est trop dur de les sortir. Moi je veux dormir au milieu, mais Papa et Maman ils veulent jamais. Je dois pas toucher les bords, sinon la pluie elle rentre et on est mouillé.

J’aimerai bien avoir une voiture, comme ça on pédalerait pas dans les montées. Et puis une caravane, pour quand on est mouillé. Des fois, on va chez Miriam. Des fois elle s’apelle Kristina ou la Maman de Signe. Dans les maisons, on prend des bains. Aussi quelques fois j’ai des jouets et des doudous pour la nuit. Et puis, j’aime bien parce que je peux jouer avec des enfants. Au camping j’ai peur de jouer avec les enfants. Ils parlent pas français. Moi je sais dire Hej, Har det bra et puis thank ouille.

Papa et Maman sont des menteurs !!! Je veux la piscine !! JE VEUX LA PISCINE !!! Je vais les taper et la piscine va arriver !! JE VEUX JE VEUX VEUUUUUX, jeveuxjeveuxjeveux !

Finalement, on est allé, mais longtemps après.

Moi je fais des lettres à Swann. J’aimerais que mes lettres soient parfaites alors je veux pas les envoyer, j’ai trop honte.  On doit aller manger, alors à bientôt.