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Dans les prunelles de Zélie 5

Bon, ça y est, c’est la fin. J’ai bien vu que ce n’était pas comme d’habitude, que les parents ont acheté plein de souvenirs, et même une nouvelle valise pour les rapporter. Et puis ils essaient de me préparer aussi, de me dire qu’on va avoir froid, et que ce sera la fin des vacances. Et qu’on va devoir mettre des manteaux et des chaussures fermées. Mais moi de toute façon ce que je veux c’est voir Swann et manger des gâteaux au chocolat.

On est dans la plus grande ville du voyage. Bangkok. C’est en Thaïlande, comme chez Romain mais pas au même endroit. À Bangkok il y a des temples. Mais des beaux,  avec des grand bouddhas tous dorés. Pas des vieux temples en ruine avec la forêt. Moi je pense tout le temps à Bouddha, comme les moines oranges.

À Bangkok on a pris le TBS, ou le SBT ou je sais plus mais c’était un train qui traverse toute la ville en l’air et on peut voir les grands immeubles. Maman voulait monter tout en haut du plus grand mais on n’a pas eu le temps. Je crois qu’elle est un peu déçue.

Moi j’aime bien les grandes villes. On trouve toujours plein d’activités pour moi. Par exemple on est allé dans une grande piscine tout en haut d’un grand grand magasin, et il y avait des toboggans géants et plein de copains. Et puis on a trouvé un musée pour les enfants où je pouvais être un vétérinaire, construire des villes, et jouer avec le son. Et  on est allé boire plein de chocolats chauds et des jus d’orange pour le goûter.

J’aimerais un peu rester ici mais il faudrait envoyer Swann dans un carton. Et puis aussi papy, mamie et baba. Et la maîtresse. Mais je ne suis pas sûre qu’elle va être gentille. Et papa a dit qu’il ne fallait pas trop lui parler de la Pastèque. Mais qu’on pourra lui raconter le voyage.

Et puis dans l’avion j’ai le droit de regarder un dessin animé. Ça va être chouette de rentrer !

PS : maman dit qu’on mettra les autres photos plus tard

Mais où sommes-nous ?

Nous avons enfin réussi à récupérer les photos de nos divers appareils pour pouvoir les poster, voici donc un condensé des trois dernières semaines !

Chiang Rai et son incroyable temple blanc, premier temple moderne que nous avons visité, avec une fresque invraisemblable qui représente des événements et personnages très récents (le guerre du Vietnam, le 11 septembre, Matrix, les Minions, Spider-Man…?!) :

Traversée de la frontière entre la Thaïlande et le Laos, et deux jours de bateau sur le Mekong, de Huay Xai à Luang Prabang.

Luang Prabang, ancienne ville coloniale, très jolie, petite, calme, et très très touristique – on y trouve des viennoiseries (aussi chères qu’en France) !

Muang Ngoi et Nong Khiaw, deux bourgades au nord de Luang Prabang, le long de la jolie rivière Ngoi, où nous avons fait de belles balades et une journée de kayak :

 

 

Retraite montagnarde

À quarante kilomètres de la frontière birmane s’élèvent les montagnes de Ban Laoop. La route devient sinueuse, notre van coupe les virages et le camion de cochons peine à la montée. Passé un check point de la police, la vallée de Mae Sariang s’ouvre à nous. Personne ne vient à notre rencontre à la station de bus, ni touk-touk, ni songtheow, ni taxi. Par habitude, je négocie quand même avec mes pieds pour savoir combien ils prennent pour m’emmener jusqu’à l’hôtel. « Goodview guest house », les pieds dans l’eau, les moustiques dans la chambre. Mais la vue est bonne.

Bouddha veille. Quatre pagodes se faisant écho surplombent le village et lui apportent protection. Les habitants leur donnent un coup de frais tous les cinq ans. Celui que nous visitons s’est fait redorer la pilule l’année dernière.

De là, des champs de riz de taille modeste, des collines de tecks et la Birmanie et ses camps de réfugiés, bases de la rébellion armée.
Des lignes de soldats des champs abattent le riz consciencieusement. Larges chapeaux vissés sur la tête, la plupart portent une cagoule, en plus des gants, chemises à manches longues et pantalons et bottes. La saison des pluies a baissé le rideau, il est temps de récolter en communauté, chacun donnant le coup de main qu’il attend en retour. La sueur, la faux et le groupe puisque le tracteur manque à l’appel. Dans trois jours on viendra battre la récolte pour séparer le bon grain de l’ivraie. En attendant, la branche et les grains sèchent. Les ouvriers sans terre vendent leur force de travail. S’ils sont pris, ils empocheront 4,50€ pour la journée.

Serrés dans une jeep d’occasion aux ceintures bloquées et aux plastiques détachés, fierté de notre guide, nous nous dirigeons vers le petit village où vivent des Lawa, une des nombreuses tribus montagnardes qui habitent la région. Nous faisons connaissance avec Djom, qui sera notre hôtesse pendant trois jours. Nous pensons que c’est une façon plus « responsable » d’aller à la rencontre des tribus, loin des tours qui emmènent les touristes prendre des photos des femmes-girafes parquées loin des leurs dans des villages reconstitués de toutes pièces. On espère être dans le vrai.
La vie au village est rythmée en cette fin de saison des pluies par la récolte du riz qui sera consommé par la famille toute l’année. Djom est une femme formidable, toujours en train de rire, et pleine d’énergie. Elle nous emmène découvrir ses plantations, nous promener en forêt, et nous fait découvrir son quotidien. Maison traditionnelle en bois, cuisson au feu de bois, récupération de l’eau de pluie, nourrissage des cochons avec les épluchures, c’est la vie que les grands parents de Sandrine ont eue au Portugal, il y a plusieurs décennies de ça !

Nous assistons au rassemblement des enfants à l’école le matin de notre départ. Tous écoutent une professeure leur faire la morale pendant 20mn dans la cour avant de partir dans les classes. C’est très étonnant pour nous, et pour Zélie aussi !

Sur le chemin du retour, nous avons aussi la chance de tomber sur un atelier de tissage / filage traditionnel Karen, une autre tribu des montagnes.

Cette retraite montagnarde nous a permis de découvrir un autre aspect de la Thaïlande avant de plonger dans le bain bouillonnant et très occidentalisé et très fréquenté de Chiang Mai et de la suite de notre voyage.

 

Impressions

Nous avons troqué nos fidèles montures et nos affaires de pluie contre l’habit traditionnel du « farang » (occidental)backpacker : sac sur le dos, pantacourt, t-shirt et tongs, nous voici partis pour une nouvelle aventure.

Le temps ne passe pas à la même allure que pendant notre voyage à vélo. Il ne se compte plus en kilomètres mais en degrés. 6h, il fait frais, on peut se lever. 8h, il fait encore frais, c’est le bon moment pour partir se promener. Visite au temple, balade en forêt, selon l’endroit où l’on est. 11h, le soleil commence à taper, il est temps de trouver un endroit pour déjeuner au frais. Petit restaurant sous un garage au bord de la route, tant qu’il y a de l’ombre et un ventilateur, on y sera bien. 13h, le soleil tape et tout effort fait transpirer abondamment, c’est l’heure de la sieste. On peut ressortir vers 16h, pour profiter des dernières heures de clarté avant le coucher de soleil vers 18h. Direction le « food center » pour dîner, une halle couverte où se rassemblent plusieurs échoppes avec chacune sa spécialité : plats cuisinés comme les currys, soupes de nouilles, salade de papaye verte (som-tam), nouilles ou riz sauté (pat-thai ou khao-pat), il y en a pour tous les goûts, du plus ou moins pimenté (messaï prik pour Zélie, pas de piment ni de poivre du tout !). Le soleil s’est couché tôt, et tout le monde est au lit entre 20h et 21h.

À vélo, on visait la ville suivante, ou celle d’après, et on avait parfois l’impression de travailler. Ici, ce sont les vraies vacances doigts de pieds en éventail, et les journées s’organisent tranquillement. On retrouve pas mal d’éléments de la Guyane. Les papillons gigantesques et omniprésents, les cris des oiseaux, le bruit assourdissant des insectes dans la forêt, les pistes défoncées recouvertes de latérite, les gens qui se déplacent à scooter, les maisons sur pilotis pour laisser circuler l’air et éviter qu’il ne fasse trop chaud à l’intérieur, les marchés foisonnants et les fruits et légumes locaux (« exotiques » – mais ici ce sont plutôt les fraises qui le sont !). Mais contrairement à la Guyane, en Thaïlande, ou du moins dans l’Isan où nous sommes pour le moment, les relations avec les gens sont très apaisées. Tout le monde est vraiment très souriant et on se sent parfaitement en sécurité.

Zélie nous sert de passeport. Sa peau blanche et ses yeux et cheveux clairs lui attirent la bienveillance de tous les adultes croisés. Tout le monde veut lui parler, la toucher. Avoir la peau claire est quelque chose de très recherché, et les femmes s’enduisent le corps et le visage de crèmes blanchissantes. Alors notre petite visage pâle est une petite star partout où elle passe ! Les enfants sont beaucoup choyés, tout le monde s’en occupe et c’est par exemple normal dans le bus de les faire asseoir sur les genoux d’un autre voyageur s’il n’y a pas de place pour lui et ses parents.

Dans la région où nous avons passé nos premières semaines, l’Isan, c’est la campagne et nous voyons des poules et des vaches en liberté, des petites routes souvent défoncées, du linge qui sèche sur les terrasses et des scooters aux cargaisons invraisemblables. Dans les (petites) villes que nous avons traversées jusqu’à maintenant, les « farangs » ne sont pas légion, et on entend souvent le mot, lancé à la cantonade, sur notre passage. Que ce soit pour s’étonner de nous voir et surtout de nous voir faire des choses étranges pour nous mais banales ici (monter à trois sur un scooter, balader Zélie sur le porte-bagages du vélo…), ou pour prévenir les chauffeurs de touk-touk de l’aubaine avant notre descente du bus !

Nous avons appris à compter, en plus de connaître les quelques mots de politesse indispensables. À nous la liberté et les âpres négociations au marché ou avec le chauffeur de touk-touk ! « Ha-sip ! Sam-sip ? Si-sip ! »

Mais surtout ces quinze premiers jours passés chez Romain ont été l’occasion de nous acclimater en douceur, d’en apprendre plus sur le pays et de nous faire chouchouter, balader, aider ! À nous les délicieux petits plats de la grand-mère, les cours de conduite de touk-touk du grand-père, les parties de tric-trac endiablées avec le frère, et aussi quel bonheur pour Zélie de jouer avec ses trois petites copines. Nous avons dû nous montrer plus d’une fois à côté de la plaque et inadaptés, encore désolés mais surtout mille fois merci Romain !!

Enfin de toute façon il faut bien vous dire que nous, les Français, sommes très malpolis. Impatients, colériques et râleurs. Vous n’entendrez pas un thaï élever la voix, et on ne dit pas souvent « non » non plus. Si quelque chose vous déplaît, souriez simplement, sans répondre. Il ne faut pas non plus proposer de l’aide si on ne vous a rien demandé, au risque de faire perdre la face à votre interlocuteur en présumant de son incapacité à accomplir une tâche ! 

Zélie est tombée malade. L’occasion de découvrir l’hôpital public du district, et son médecin qui se débrouille plutôt pas mal en anglais. Elle nous a fait une belle fièvre, et le docteur nous a conseillé de lui accorder trois jours de récupération – il dit qu’il est courant pour les enfants étrangers d’attraper un rhume, c’est leur façon de s’immuniser contre les virus locaux. 100 bahts (environ 2,50€) la consultation, 3 fioles de médicaments y compris, et de fait elle est allée beaucoup mieux dès la fin de la première journée, et elle a depuis retrouvé une pêche d’enfer ! Et elle a perdu sa première dent. Pas d’inquiétude, il y a bien une petite souris en Thaïlande !