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Bandits sur sables fins

Cambodge Sud –

Le jour de l’an est l’occasion d’entrer en zone blanche insulaire.  De l’électricité une paire d’heures par jour et l’internet inaccessible à notre téléphone intelligent pendant une bonne semaine.

L’île de Koh Kong, au sud du Cambodge, était promise à un développement planifié fulgurant. Des atterrissements traversent sa partie sud de part en part sans qu’aucun bitume ne soit venu les recouvrir. Le cagnard est sans pitié sur ces routes inachevées, la forêt et ses ombres corollaires ayant été repoussées sur les lointains bas-côtés. La crise de 2008 a scellé le rêve des promoteurs et politiciens corrompus et laisse place à l’émergence anarchique de guest-houses de petite taille, au coup par coup. Pas de « resort » géant dans ces eaux cristallines.

Rencard donné à la famille Grégo, on débarque par le bateau communautaire au village du coin. Pour briser l’ennui, Benoît et Yannick initient une petite fille à la bataille de pouces. Le soir, le jeu est devenu populaire auprès de tous les mômes du voisinage.

Le plancton est de type bioluminescent dans la région. Zélie, Maxence et Chiara découvrent cette merveille du monde lors de leur premier bain de nuit surprise. Il faut brasser la mer et ces bijoux microscopiques s’illuminent pendant quelques secondes. Les adultes redeviennent des enfants et seules les dents qui claquent nous font sortir de l’eau.

Nous quittons les copains après trois jours de jeux et courses folles. Viêt-Nam pour eux, l’île du Roi pour nous, vers la Thaïlande.

La traversée vers Koh Sdach a donné lieu à quelques surprises. Produit d’un montage périlleux avec un compatriote français qui devait contacter un bateau, qui lui-même devait appeler notre auberge, qui devait nous dire qui, où et quand attendre quoi. Bref, le bateau est arrivé avec 5 h de retard. Le quai s’est étiré autant que possible sur l’horizon. L’embarcation accostée, on la constata deux fois grande comme les rafiots locaux utilisés pour la pêche.  Avec des marchandises en tous genres, la nuit est vite tombée dans une ambiance de contrebande cortomaltesienne. Zélie, après avoir humé l’air marin, a fermé boutique, coincée entre deux sacs. Cette petite est une DTT. Deux pêcheurs khmers dont les ombres se sont approchées de nous ont tenté d’engager la conversation. Après cinq minutes de mano à mano en khmer,  le thaï est venu sauver la situation. Sandrine a tenu au moins trente minutes jusqu’à ce que la nuit et nos compétences jointes ne puissent plus éclairer la communication.

À l’arrivée, le port n’est qu’obscurité. Nous traversons trois cargos pour atteindre le quai, avec quelques passages aériens. Un des types a pris Zélie bouffie de sommeil sous le bras comme on trimballe un sac de riz sur un bastingage. Là, une moto nous attend.  Zélie et Sandrine s’accrochent au conducteur pour un premier trajet dans d’étroites ruelles. Larges comme la moto, elles passent de quai en quai, au travers de la criée, sous des toits de tôles et autres planches de bois improvisées. Digne d’un film d’action dans un port chinois de basse campagne ! Didier, les yeux creusés par la saison touristique, le bar local et ses sourcils broussailleux, nous accueille mi-angoissé de notre rendez-vous raté avec le cargo, mi-amusé de découvrir que Zélie sera la future camarade de jeu d’Yvone (sic), sa fille cambodgienne aux cheveux blonds. Le bungalow repose sur pilotis, dont les pieds sont léchés par la mer. La nuit baignera notre sommeil, entre digestion de poissons frais et sursauts soudains. Le plancher de bambou laisse entrevoir le roulis des vagues – certaines, plus fortes, se brisant sur Morphée. Et puis le lendemain, c’est la plage paradisiaque, les chiens en meutes et la barrière de corail aux teintes turquoises et violettes. Les poissons sont multicolores et le soleil accable les mammifères marins du moment. Yannick en sera quitte pour une insolation avec un peu de fièvre et un remue-méninge gastrique de premier ordre. Peut être le plancton, fluorescent aussi et en nombre impressionnant n’était pas comestible.

Nous voilà de retour en Thaïlande après un peu de hors bord, de taxi co et de mini van !

PS : ci-dessous seulement les photos du téléphone, nous n’avons pas encore récupéré celles du reflex… prochaine mise à jour en France peut-être ? Retour mardi 12 !

Angkor

À l’ouest du Cambodge, il existe une ville champignon, dont les périphéries sont bordées de chantiers, grues et routes ne menant nulle part sinon au resort de luxe à venir. Et pour cause, à quelques kilomètres au nord, les fabuleux temples d’Angkor. Leurs ruines surgissent au milieu de la forêt. On imagine cette mégapole d’un million de personnes au 10eme siècle, toutes massées autours des bâtiments royaux et divins. Les imposants bâtiments possèdent tous plusieurs étages.  L’atmosphère est presque palpable. Les murs gravés et sculptés finement, les escaliers imposants et les colonnades laissent entrevoir les parcours des moines de l’époque, l’étonnement et le sentiment de domination imposés sur les roturiers, la richesse colossale de l’empire. Les toits brillaient au loin, les feuilles d’or reflétant la lumière du soleil. Les linteaux sertis de pierres précieuses, les sols luisants et les murmures de la cour devaient animer les lieux. Alors que l’imaginaire se figure les fastes d’une epoque, certains édifices sont affaissés voire totalement écroulés, les arbres poussent sur les murs et leurs racines épousent leurs angles droits, les mousses piquent la pierre et la rendent friable. Une permanence habite ces lieux, celle de la nature et de la finitude du pouvoir des hommes. Les hordes de touristes chinois nous ramènent aux turpitudes du monde digital et aux selfies réglementaires.

 

 

 

 

Siestes en pagaille

C’est fatigant de voyager !